Au-delà des placements : la vraie valeur des Pl. Fin.

Denis Preston

CPA (retraité), GPC

Fellow de l’Institut de planification financière

Au-delà des placements : la vraie valeur des Pl. Fin.

Le principal avantage d’un planificateur financier ou d’une planificatrice financière (Pl. Fin.) comparativement à un représentant ou une représentante (non-Pl. Fin.) réside dans sa vision globale et intégrée de tous les aspects de la finance personnelle. Autrement dit, sa capacité à élaborer un plan financier qui tient compte de tous les aspects de la situation du client ou de la cliente, pas seulement de ses placements.

À mon avis, il existe une autre valeur ajoutée importante : sa connaissance de la finance comportementale et des biais, tant ceux des clients et clientes que ceux du professionnel ou de la professionnelle. Le présent article essaie d’analyser quelques biais des représentants et représentantes en placements. Mais d’abord, rappelons qu’avoir des biais est normal et ne constitue pas un signe de faiblesse intellectuelle, parfois c’est même le contraire.

Le complexe de Dieu

À cause de sa conception de l’univers, Albert Einstein a rejeté une bonne partie de la mécanique quantique, car « Dieu ne joue pas aux dés ». La réponse d’un des fondateurs de la théorie quantique, Niels Bohrs a été : « Mais qui êtes-vous, Albert Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire? »1

Comme chez les physiciens et physiciennes, nos conceptions (statu quo, ancrage, « storytelling », etc.) peuvent nous amener à écarter une vision qui décrit pourtant mieux la réalité. Et plus une personne est intelligente, plus elle est capable d’élaborer des arguments pour rejeter les faits.

On observe chez certains gestionnaires de placements ce complexe de Dieu : ils savent ce que le marché va faire! Pourtant, les marchés financiers sont comme certaines particules élémentaires (physique quantique), il est impossible de prévoir avec exactitude leurs positions et vitesses.

Certains gestionnaires vont jusqu’à affirmer des choses qui contredisent ce qui est écrit dans les lois fiscales, notamment en utilisant le mot « récupération » dans un mauvais contexte.

« Dans un compte imposable, une couche de retenue à la source peut toujours être récupérée grâce au crédit d’impôt étranger »2

Mais est-ce vraiment le cas ?

Voici un extrait de Folio de l’impôt sur le revenu S5-F2-C1, Crédit pour impôt étranger  :

1.1... Pour que le revenu étranger ne soit pas assujetti à une double imposition, les dispositions relatives au crédit pour impôt étranger prévues à l’article 126 de la Loi prévoient une méthode selon laquelle les impôts sur le revenu versés à un pays étranger réduisent l’impôt canadien sur le revenu qui est payable par ailleurs.

Autrement dit, le crédit d’impôt étranger ne permet pas de récupérer les impôts retenus à la source par un pays étranger. Ce crédit ne signifie pas que ce pays nous rembourse les montants retenus. La retenue à la source de 15 % sur les dividendes américains est conservée par le gouvernement des États-Unis.

De plus, puisque ce dividende n’est pas de source canadienne, il doit être inclus à 100 % dans le revenu du contribuable. Il est donc imposé à son taux marginal3. À titre d’exemple, pour un revenu de 1 000 $ en dividendes américains, un particulier, qui a un taux d’imposition marginal de 50 %, devra payer aux autorités fiscales canadiennes 350 $, 50 % de 1 000 $, moins le 150 $ retenu par le gouvernement américain. Au total, ce particulier aura payé 500 $ en impôt canadiens et étrangers4.

Si les actions américaines sont détenues dans un CELI, la retenue à la source sera aussi de 15 %, mais aucun impôt canadien ne sera exigé. Sur 1 000 $ de dividendes américains, il en restera donc 850 $ nets d’impôt, comparativement à 500 $ si ces actions sont détenues dans un compte non enregistré.


1 Débats Bohr-Einstein ou Bohr–Einstein debates (en anglais, mais nettement plus élaborée) dans Wikipédia.

2 https://global.morningstar.com...

3 Et même davantage dans le cas d’une société par actions.
4 Selon la convention fiscale, Canada-USA fait en quelque sorte que nous devons payer, au net, l’impôt le plus élevé des deux pays

Alors pourquoi, certaines personnes utilisent ce crédit d’impôt étranger comme argument pour déconseiller la détention d’actions américaines dans un CELI? S’agit-il d’une mauvaise compréhension du fonctionnement du crédit d’impôt étranger ou d’une mauvaise perception engendrée par le cadrage du mot « récupération ». Personnellement, toute chose étant égale par ailleurs, je préfère payer 15 % d’impôt plutôt que mon taux marginal d’imposition. Il s’agit peut-être là d’un de mes propres biais.

D’autres raisons peuvent justifier de ne pas mettre d’actions américaines dans un CELI, notamment l’horizon de placement de celui-ci, mais certainement pas une pseudo récupération d’impôts étrangers.

Un autre exemple d’énoncé souvent tenu pour acquis, alors qu’il mérite d’être nuancé, est l’idée selon laquelle les obligations devraient être détenues principalement dans des véhicules enregistrés.

« Puisque les gains en capital sont moins imposés que les intérêts. Il est préférable de prioriser les obligations dans le CELI plutôt que dans placements non enregistrés. »

Le tableau suivant illustre l’impact fiscal sur un revenu de 1 000 $ pour un particulier dont le taux marginal d’imposition est de 50 %, selon qu’il s’agit d’un revenu d’intérêt ou d’un gain en capital.

CELI Non enregistré
Type de revenu Revenu net Taux d’imposition Impôt Revenu après impôt
Intérêt 1 000 $ 50 % 500 $ 500 $
Gain en capital 1 000 $ 25 % 250 $ 750 $

Le problème avec ce tableau est qu’il adopte une vision partielle, voire biaisée, du placement. Il omet le fait que les rendements attendus des actions à long terme sont généralement plus élevés que ceux des obligations et dépôts à terme. Sinon, il n’y aurait pas de raison d’investir dans des actions, compte tenu de leur niveau de risque plus élevé.

Si l’on suppose, par exemple, que le rendement en gain en capital (actions) est le double de celui en intérêt (obligations), alors nous obtenons le tableau suivant.

CELI Non enregistré
Type de revenu Revenu net Taux d’imposition Impôt Revenu après impôt
Intérêt 1 000 $ 50 % 500 $ 500 $
Gain en capital 2 000 $ 25 % 500 $ 1 500 $

Nous pouvons constater que lorsque le rendement en gain en capital des actions est le double de celui des intérêts, alors les impôts payés sont les mêmes5.


5 Pour simplifier la démonstration, je n’ai pas inclus de dividendes.

En pratique, la décision de privilégier ou non les obligations dans le CELI6 (aussi appelée l’allocation d’actifs) est plus complexe que ne le laisse supposer une analyse basée uniquement sur l’imposition différente entre le gain en capital et les intérêts. Elle dépend, notamment :

  • de la situation globale du client;
  • des horizons de temps avant le décaissement du CELI et des placements non enregistrés (ils sont souvent différents);
  • et des rendements attendus sur les différentes catégories de placements (obligations versus actions) après frais.

Puisque les rendements attendus évoluent dans le temps, notre recommandation formulée en 2026 pourrait différer de celle faite en 2020. À titre d’exemple, en juillet 2020, le taux des obligations du gouvernement canadien à plus de 10 ans avoisinait le 1 % (nominal)7. Il n’était alors pas déraisonnable de penser que, sur un horizon de temps de plus de 10 ans, le rendement des actions allait être plus que le double (soit 2 %) de celui des obligations.

En date du 22 mars 2026, le rendement à l’échéance moyen pondéré de l’indice obligataire canadien FTSE Canada Universe Bond IndexMC est de 3,71 %8. Le double de ce taux, soit 7,4 %, est supérieur aux hypothèses financières (avant frais) de Normes d’hypothèses de projection. Une raison supplémentaire pour mettre à jour le plan de nos clients et clientes.

Bien entendu, pour faire une bonne comparaison, il faut tenir compte des impôts latents sur les gains en capital non réalisé. Le tableau 7.6 de Secure Retirement: Connecting Financial Theory and Human Behavior fournit des exemples de ce problème en tenant compte de différentes estimations de rendements. Il est pour un contexte américain, mais ses conclusions peuvent être appliquées au contexte canadien.

À l’inverse, certains biais peuvent aussi découler d’un excès d’enthousiasme. Le bitcoin en est un bon exemple : il est presque devenu une religion pour certains.


6 Parce que l’article aurait été trop long, je n’ai pas parlé du REER. Mais il ne faut pas oublier qu’en tenant compte des impôts latents, les REER ressemblent beaucoup au CELI.

7 Le taux des obligations à rendement réel était négatif, voir https://www.banqueducanada.ca/taux/taux-dinteret/obligations-canadiennes/

8 https://www.blackrock.com/ca/investisseurs/fr/products/239493/

« Le Bitcoin est la monnaie du futur »

Dans mes cours de macro-économie, mes professeurs ont insisté sur l’importance pour une monnaie de conserver le plus possible sa valeur. Une trop forte inflation ou une déflation sont très mauvaises pour l’économie.

Lorsque la valeur du Bitcoin passe de 123 000 $ US en juin 2025 à 71 000 $ US en mars 2026, cela veut dire qu’en moins d’un an, les prix libellés en Bitcoin ont augmenté de plus de 70 %; ouf! Et dire que nous nous plaignons de l’inflation libellée en dollar canadien.

Pire, le prix du Bitcoin était d’environ 21 000 $ US en octobre 2022, ce qui fait qu’en juillet 2025, les prix libellés en Bitcoin ont été réduits de plus de 5 fois, l’équivalent d’une déflation catastrophique puisque la consommation aurait presque arrêté. En effet, pourquoi acheter des biens (autres que l’épicerie) aujourd’hui si demain et encore plus après-demain, les prix vont être nettement plus bas?

Peut-être que le Bitcoin est un moyen de spéculer, mais certainement pas une bonne monnaie.

Nous faisons tous des erreurs (j’ai déjà pensé faire une formation sur les erreurs que j’ai commises en 40 ans de carrière, mais ce serait trop long). L’important, c’est de les admettre et de les corriger. Ce n’est pas parce qu’une chose est souvent dite ou écrite qu’elle décrit bien la réalité.

L’article Se méfier de ses certitudes traitant des erreurs de Kratf Heinz au Japon et de comment ils les ont corrigés est à lire pour tous ceux qui veulent améliorer leurs conseils.