Cet article s’appuie sur un panel tenu lors du Congrès 2025 de l’Institut de planification financière (l’Institut) à Québec. L’objectif de cet article est de fournir des repères concrets pour une intégration responsable de l’IA, en cohérence avec les obligations professionnelles du métier.
L’IA dans le quotidien des Pl. Fin.
L’IA est déjà bien présente dans la pratique, même si elle demeure souvent mal comprise. De nombreuses professionnelles et de nombreux professionnels l’utilisent pour des tâches pratiques : rédiger des ébauches de courriels, préparer des notes de rencontres ou vulgariser des concepts complexes pour les clientes et clients. D’autres s’en servent pour générer des simulations financières, trier des documents ou structurer des analyses préliminaires, gagnant ainsi du temps pour des échanges à plus forte valeur ajoutée.
Certains outils vont encore plus loin : ils réalisent des audits fiscaux, optimisent des stratégies de décaissement, ou préparent des projections de déclarations de revenus. Selon certaines conseillères et certains conseillers, ces outils peuvent « réduire jusqu’à 90 % la charge cognitive »1
liée à la construction et à la simulation des plans, permettant de se concentrer sur l’analyse, la pédagogie et la relation humaine. Cet écart entre promesses marketing et réalité de terrain — entre productivité et transparence — explique l’inconfort ressenti par plusieurs professionnelles et professionnels.
1 Finance et Investissement | Plans financiers : outils à la rescousse
Des balises bien présentes
Contrairement à une idée répandue, l’usage de l’IA en planification financière ne s’inscrit pas dans un vide juridique. Les devoirs de confidentialité, de compétence et de diligence restent pleinement applicables. Un principe central s’impose : si la ou le Pl. Fin. ne peut pas expliquer une recommandation issue d’un outil d’IA, elle ou il ne doit pas la présenter. L’IA soutient le jugement humain, elle ne le remplace pas.
Des politiques d’usage en émergence
Pour encadrer ces nouveaux outils, plusieurs cabinets adoptent des chartes internes d’utilisation de l’IA. Ces politiques précisent les outils autorisés, les règles de traitement des données, ainsi que les mécanismes de validation et de traçabilité. Même une approche simplifiée — par exemple, interdire l’usage de données sensibles sans supervision ou exiger une trace écrite des validations — contribue déjà à un usage plus sûr et plus professionnel.
Des principes pratiques à retenir
Trois règles simples guident un usage responsable de l’IA :
- savoir où circulent et sont stockées les données ;
- toujours valider les résultats avant de les présenter à la cliente ou au client ;
- et documenter le processus, incluant la contribution des outils d’IA, pour assurer traçabilité et conformité.
Ces principes s’accompagnent d’une gestion rigoureuse de la sécurité numérique : contrôle des accès, utilisation de mots de passe robustes et archivage sécurisé des documents. Ce cadre est essentiel pour protéger à la fois la cliente ou le client et le cabinet dans un environnement technologique en constante évolution.
Dans cette démarche de modernisation, l’émergence des technologies avancées, et plus particulièrement de l’intelligence artificielle, transforme également la nature même du conseil financier.
Comme le souligne Charles Hunter-Villeneuve, collaborateur réputé de l’Institut: « L’arrivée de l’IA en planification financière fait en sorte, selon moi, qu’une partie de la valeur du conseiller ou de la conseillère s’est encore davantage déplacée vers des compétences comme savoir poser les bonnes questions, exercer son jugement ou encore semer le doute. En fiscalité comme en planification financière, tout est dans la nuance2. »
Gestion des risques
Pour les organisations, l’IA ne crée pas uniquement de « nouveaux risques »; elle amplifie souvent des catégories de risques déjà connues. Risques opérationnels (erreurs, interruptions de service), risques juridiques et réglementaires, risques réputationnels, enjeux de cybersécurité et de confidentialité : tous peuvent être affectés par l’introduction d’outils d’IA, surtout lorsqu’ils sont mal compris ou mal encadrés.
Dans la pratique, l’IA se manifeste déjà par des usages très concrets : aide à la rédaction de documents, tri et classification de dossiers, support à l’analyse de scénarios, génération de rapports ou de communications personnalisées. Chacun de ces cas d’usage peut être évalué avec les outils de gestion des risques déjà en place dans les organisations : identification du risque, évaluation, mesures d’atténuation, mécanismes de contrôle et de suivi. L’enjeu n’est donc pas de réinventer toute la gouvernance, mais bien d’intégrer ces nouveaux outils dans des mécanismes qui existent déjà.
Expérience client
Du point de vue des clientes et clients, l’IA est souvent entourée d’un mélange de fascination et d’inquiétude. Certains y voient une promesse d’efficacité et de modernité; d’autres craignent une déshumanisation de la relation ou un traitement opaque de leurs données. Au cœur de ces préoccupations se trouve une question simple : qui prend vraiment la décision, et sur quelle base ?
Dans ce contexte, une image ressort fortement des échanges du panel : considérer l’IA comme un « stagiaire » plutôt que comme un « gourou ». Le « stagiaire » peut faire des recherches, suggérer des formulations, proposer des scénarios ou structurer l’information, mais il ne signe pas les recommandations et ne prend pas les décisions finales. Celles-ci demeurent la responsabilité de la ou du Pl. Fin., qui exerce son jugement, tient compte du contexte global, des émotions et des priorités de la personne conseillée. Cette façon de présenter les choses, tant à l’interne qu’aux clientes et clients, contribue à préserver la confiance tout en permettant de tirer parti des capacités réelles de l’IA.
L’IA au service de la pédagogie et de la confiance
L’Association de planification fiscale et financière (APFF) a mené une enquête sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les professions liées à la planification financière et fiscale en mars 2025 et voici un élément important qui en est ressorti : « Face à l’évolution rapide de ces technologies, les répondantes et répondants insistent sur la valeur des compétences humaines. L’empathie, le jugement professionnel, l’analyse critique et la communication demeurent essentiels pour encadrer, interpréter et bonifier l’usage de l’IA en contexte professionnel. »
Cette primauté des compétences humaines se traduit aussi dans la manière dont les planificateurs financiers doivent présenter l’IA à leurs clientes et clients.
Expliquer sans jargon
L’intelligence artificielle suscite souvent une certaine méfiance chez les clientes et clients, qui peuvent se sentir déstabilisés par des technologies complexes et abstraites. Il est donc essentiel que les Pl. Fin. adoptent un langage simple et pédagogique pour rassurer et informer. Une bonne manière de procéder est d’utiliser des métaphores accessibles : par exemple, présenter l’IA comme une « calculatrice évoluée » ou un « assistant » qui prépare des options et des analyses, mais qui ne prend pas la décision finale. L’objectif est de rendre l’outil tangible tout en soulignant que la conseillère ou le conseiller reste la ou le pilote de la relation.
3 Association de planification fiscale et financière | Enquête sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les professions liées à la planification financière et fiscale
Créer des expériences engageantes
L’IA peut transformer la façon de présenter les plans financiers : scénarios visuels personnalisés, visualisations claires, résumés en une page. Ces outils améliorent la compréhension et stimulent la prise de décision de la cliente ou du client, sans chercher à impressionner artificiellement.
Renforcer la transparence
Enfin, la confiance se construit sur la transparence : expliquer comment et quand l’IA est utilisée, rappeler que la ou le Pl. Fin. vérifie et adapte toujours les recommandations, et souligner que l’écoute et l’intelligence émotionnelle demeurent uniques à l’humain.
Conclusion
L’intelligence artificielle ouvre des perspectives inédites en planification financière, améliorant la rapidité, la précision et la personnalisation des conseils. Elle permet d’automatiser des tâches répétitives, de mieux anticiper les risques et d’enrichir l’expérience client. Cependant, ce formidable levier technologique ne doit jamais faire oublier que le jugement professionnel, la responsabilité et le rôle humain restent au centre de la relation de conseil.
Avec un encadrement clair, une expérimentation prudente et une collaboration entre pairs, les planificateurs financiers peuvent en tirer le meilleur tout en protégeant ce qui fait la force de leur profession : la rigueur, l’éthique et la confiance.
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